De la technologie au changement
de Michael Achermann, 08 septembre 2026
Comment mener la transformation à bien
Aujourd’hui, les nouvelles technologies peuvent souvent être déployées en à peine quelques semaines. En revanche, les nouvelles façons de travailler ne s’instaurent pas du jour au lendemain. L’évolution des habitudes, des compétences, des rôles, voire de la culture d’entreprise, nécessite généralement beaucoup plus de temps que l’implémentation technique d’une solution.
Ce constat se révèle particulièrement évident avec le recours à l’intelligence artificielle. Si les nouvelles applications sont rapidement disponibles, leur valeur ajoutée ne se concrétise que lorsque les collaboratrices et collaborateurs les comprennent, les acceptent et les intègrent de manière pertinente dans leur routine professionnelle.
C’est précisément pourquoi plus le rythme de l’innovation technologique accélère, plus une gestion professionnelle du changement devient essentielle.
Pourquoi la conduite du changement ne se résume pas à de la communication
La gestion du changement est encore parfois réduite à sa dimension communication. Le personnel est informé d’un projet, une séance d’information est organisée ou des mises à jour régulières sont diffusées. Ces démarches sont importantes, mais suffisent rarement à elles seules.
Les individus ne modifient pas leur comportement uniquement parce que les avantages d’une nouvelle solution leur ont été présentés. Le changement peut susciter des incertitudes: les habitudes sont remises en question, certaines compétences perdent de leur importance tandis que de nouvelles aptitudes deviennent nécessaires. Les rôles évoluent et, parfois, la perception même de l’identité professionnelle individuelle s’en trouve transformée.
Les personnes concernées se posent alors souvent des questions du type:
- Quelles seront les conséquences de ce changement sur mon quotidien professionnel?
- Quelles tâches vont évoluer?
- Quelles compétences devrais-je développer à l’avenir?
- Quelles opportunités cela représente-t-il pour moi?
Une gestion du changement efficace ne se limite ainsi pas à faire circuler l’information. Elle apporte également des repères, favorise l’implication et développe les compétences nécessaires à la transition. Les cadres jouent à cet égard un rôle déterminant: ils doivent non seulement expliquer le changement, mais aussi l’incarner de manière crédible.
Exemple pratique: les assistants IA dans le quotidien professionnel
De nombreuses entreprises déploient actuellement des agents d’intelligence artificielle. Leur mise à disposition technique est relativement simple. Toutefois, la véritable valeur ajoutée n’apparaît que lorsque les collaboratrices et collaborateur ont appris à:
- formuler des prompts pertinents;
- évaluer les résultats avec un regard critique;
- respecter les exigences en matière de protection des données;
- intégrer l’IA de manière judicieuse dans les processus existants.
Cela nécessite de la formation, de l’expérience pratique ainsi qu’une disposition à expérimenter de nouvelles méthodes de travail.
L’introduction d’une technologie ne constitue donc bien souvent que la première étape. La création d’une réelle valeur ajoutée se joue ensuite dans les activités quotidiennes.
Une transformation continue plutôt qu’un projet ponctuel
Autrefois, la transformation numérique était souvent considérée comme un projet de changement bien délimité. Il s’agissait de numériser des processus, d’introduire de nouvelles technologies ou de faire évoluer des modèles d’affaires.
Aujourd’hui, l’intelligence artificielle, l’automatisation et les applications fondées sur les données transforment les entreprises en permanence. La transformation numérique constitue ainsi de plus en plus fréquemment une mission au long cours.
L’enjeu ne consiste donc pas à adopter chaque nouvelle technologie le plus rapidement possible. Les organisations qui réussissent se distinguent avant tout par leur capacité d’apprentissage et d’adaptation. Elles mettent en place des structures qui permettent d’acquérir de l’expérience, de tirer des enseignements et d’ajuster les changements continuellement.
Dans ce contexte, de nombreuses entreprises travaillent selon des cycles d’apprentissage courts:
Comprendre → Décider → Expérimenter → Apprendre → Ajuster
Cette approche permet de collecter plus rapidement des expériences et de déployer progressivement les solutions qui ont fait leurs preuves.
Les compétences qui gagnent en importance
Indépendamment du secteur d’activité ou de la fonction exercée, plusieurs compétences deviennent incontournables:
compétences numériques;
compréhension des applications d’intelligence artificielle;
disposition au changement;
esprit critique;
collaboration interdisciplinaire;
compétences en communication et en leadership.
C’est pourquoi un nombre croissant de professionnel-les et d’entreprises investissent dans des formations ciblées. Que les nouvelles compétences soient acquises dans le cadre d’un cours d’une journée ou d’une formation plus exhaustive, il importe principalement qu’elles trouvent une application directe dans les défis concrets du quotidien professionnel.
Six questions à se poser en tant que cadre
Pour évaluer l’impact potentiel de l’intelligence artificielle sur leur organisation, les cadres devraient se concentrer en priorité, non pas sur les outils disponibles, mais sur ces questions fondamentales:
- Quels changements influencent réellement notre modèle d’affaires?
Tous les phénomènes tendance ne présentent pas la même pertinence pour une entreprise donnée. Le défi consiste à distinguer les enjeux essentiels des effets de mode passagers. - Dans quels domaines l’IA peut-elle créer une valeur ajoutée réelle?
Pour la clientèle, le personnel, la qualité, la rapidité, l’innovation ou les coûts: la technologie doit toujours répondre à un objectif clairement identifiable. - Quelles décisions doivent impérativement rester du ressort de l’humain?
Possibilités techniques et responsabilités entrepreneuriales ne sont pas synonymes. - Quels processus, quels rôles ou quelles compétences en seront impactés?
Quand une opportunité technologique devient un véritable vecteur de transformation. - De quoi les personnes concernées ont-elles besoin pour réussir ce changement?
De repères, d’implication, de nouvelles compétences, de temps pour apprendre et d’un leadership clair. - Quelles mesures concrètes allons-nous mettre en œuvre au cours des 90 prochains jours et qui en assumera la responsabilité?
Sans responsabilités ni prochaines étapes clairement définies, de nombreuses initiatives de transformation restent à l’état de projets pilotes.
Conclusion
L’IA peut rendre les connaissances plus accessibles, accélérer les processus et ouvrir de nouvelles perspectives. La transformation numérique peut, à partir de là, donner naissance à de nouveaux produits, services ou modèles d’affaires. Toutefois, pour générer un succès durable dans le temps, il faut des personnes prêtes à assumer leurs responsabilités et à façonner activement le changement.
L’IA transforme notre manière de travailler. Le leadership et la gestion du changement déterminent dans quelle mesure cette transformation sera couronnée de succès.
Michael Achermann
Michael Achermann accompagne depuis de nombreuses années les entreprises dans leurs démarches de transformation numérique et de conduite du changement. En tant que consultant et chargé de cours, il associe réflexion stratégique et solide expérience de terrain. Il enseigne également son domaine d’expertise à l’IBAW.
L’IA accélère le changement (Partie 1)
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